Publié le lundi 19 janvier 2009

Réflexions du fauteuil : la pénurie d’infirmières et de médecins est-elle maintenue artificiellement

19 01 2009

J’ai toujours pensé que même s’il y avait des centaines d’infirmières et de médecins disponibles sur le marché, le ministère de la Santé ne les engagerait pas parce qu’il n’en a pas les moyens. Quand on se scandalise que les salles d’opération soient sous-utilisées, les hôpitaux invoquent le manque de médecins et d’infirmières. Je pense que la vérité, c’est que de toute façon, les centres hospitaliers qui sont toujours au bord du gouffre financier ne peuvent pas faire plus par manque d’argent. Il y a aussi la mauvaise gestion des ressources qui ne permet pas d’optimiser l’utilisation des budgets et la productivité des équipes médicales comme l’ont démontré les nombreux cas où des salles d’opération prêtes à fonctionner ont été fermées parce que les malades n’avaient pas été préparés correctement ou le bordel dans certaines urgences alors qu’ailleurs tout se passe mieux parce que c’est mieux organisé.

Le Centre universitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) vient de faire une étude sur le travail des infirmières. Les résultats déboulonnent plusieurs mythes. Nous croyons que toutes les infirmières sont fourbues de travail, qu’elles font d’interminables heures supplémentaires imposées et qu’elles sur au bord de l’épuisement professionnel et du burn-out. Il semble que cela ne soit le cas que d’une faible minorité. Ainsi, sur les 70,000 infirmières qui travaillent au Québec, il n’y en a que 628 qui font beaucoup de surtemps. Les autres travaillent en général 28 heures par semaine, soit 2,9 heures de moins que la moyenne canadienne. Leur taux d’absentéisme est de 17,5 % contre 11,4 % dans le reste du pays. Et celles qui font du temps supplémentaire le font en moyenne 1,76 heure par semaine contre 1,77 ailleurs. L’étude conclut que nos infirmières ont une intensité de travail moins élevée qu’ailleurs. Je pense que si elles trouvent leur travail si épuisant ce n’est pas parce qu’elles travaillent trop ou sont paresseuses, mais c’est parce qu’elles ne le font pas dans des conditions insatisfaisantes et qu’elles sont sous-payées. Le salaire horaire moyen au Québec est de 29.38 $ contre 34.17 $ dans les autres provinces.

Maintenant, voici des données qui prouvent que la pénurie d’infirmières est maintenue artificiellement. Le Québec est la province où le taux d’infirmières à temps plein est le moins élevé au Canada, 74,8 % contre 78 %. Il y a donc 25 % des infirmières qui travaillent à temps partiel. Si parmi elles il y en a pour qui c’est un choix de vie, il y en a 15 % qui voudraient travailler plus, mais ne le peuvent pas parce que les hôpitaux n’ouvrent pas de postes permanents. D’autre part, il y en aurait d’autres qui limiteraient volontairement leurs heures de travail parce que leur rémunération n’est pas assez élevée. La clé de la pénurie est là, mais le gouvernement n’ouvrira pas cette porte tout simplement par manque d’argent.

En ce qui concerne les médecins, il faut se rappeler que le PQ après avoir encouragé les préretraites, a limité les entrées d’étudiants dans les facultés de médecine pour s’assurer de limiter les coûts de la santé à long terme. Maintenant qu’il y a pénurie, qu’a fait le gouvernement pour régler le problème? Presque rien. On a sensiblement diminué le contingentement universitaire, mais pas suffisamment pour régler la situation à long terme. Il n’y a pas eu de campagne intensive ni d’investissement financier pour recruter des médecins dans les autres provinces et à l’étranger. Ceux qui sont venus volontairement sont souvent repartis parce qu’on traite comme des débutants des infirmières et des médecins qui comptent des années d’expérience. Au lieu de se dire qu’on aurait peut-être quelque chose à apprendre des méthodes de travail qu’ils ont appris ailleurs on les empêche de pratiquer ici, etc.etc.

Ce qui se passe dans la santé n’est pas nécessairement une illustration que les gouvernements ne savent pas gérer nos impôts comme du monde même si on peut toujours leur demander de faire mieux. Dans ce domaine, péquistes et libéraux se valent et ne font pas de miracles. Cela démontre tout simplement que nous sommes plus pauvres que nous avons tendance à le reconnaître. Nous voulons qu’on nous serve de la haute gastronomie alors que nous avons à peine les moyens de nous payer le repas familial du restaurant du coin et que nos cartes de crédits sont pleines.

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2 Commentaires :

Commentaire écrit le lundi 19 janvier 2009 à 20:34:24 (lien)
L\'avocat du Diable
Une étude de Mathieu Laberge de l’Institut Économique de Montréal. Vite une contrexpertise pour en vérifier l’objectivité et les conclusion.


Commentaire écrit le lundi 19 janvier 2009 à 14:48:59 (lien)
L\'avocat du Diable
« Je pense que si elles trouvent leur travail si épuisant ce n’est pas parce qu’elles travaillent trop ou sont paresseuses, mais c’est parce qu’elles le font pas dans des conditions insatisfaisantes et qu’elles sont sous-payées.»

Double négation ou ????????


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